En mantrailing, l’une des choses les plus difficiles pour un conducteur est probablement de savoir quand intervenir et quand laisser son chien résoudre le problème seul.
Lorsque notre chien ralentit, hésite ou semble chercher, notre instinct nous pousse souvent à vouloir l’aider. Nous voulons éviter qu’il se mette en difficulté, qu’il perde confiance ou qu’il se décourage.
Pourtant, en mantrailing, une hésitation n’est pas nécessairement un problème. Un chien qui cherche, qui explore différentes possibilités, qui revient sur ses pas ou qui prend quelques secondes pour analyser une situation est peut-être simplement en train de travailler. Et c’est justement ce travail de réflexion que nous voulons développer.
L’aide de la part du conducteur peut alors devenir un outil particulièrement intéressant… à condition de savoir quand l’utiliser. Cette action consiste à apporter au chien un soutien qui lui permet de retrouver des informations olfactives, sans lui indiquer directement la direction à prendre. L’idée n’est pas de « conduire » le chien vers la piste. Au contraire, on lui donne l’occasion de retrouver lui-même l’information et de reprendre son travail. C’est une nuance essentielle. L’objectif n’est pas non plus de trouver la piste à la place du chien. L’objectif est de lui permettre de retrouver les conditions dans lesquelles il peut la trouver lui-même.
L’observation, une compétence nécessaire du conducteur :
Lorsque le chien ralentit ou semble hésiter, le conducteur doit se poser quelques questions :
Cherche-t-il encore activement ?
Son comportement évolue-t-il ?
Explore-t-il différentes possibilités ?
Revient-il sur ses pas ?
Flaire-t-il toujours avec intérêt ?
Semble-t-il concentré sur son travail ?
Ou bien est-il réellement en train de perdre son engagement ?
Cette observation nous permet de faire une distinction fondamentale : Un chien qui réfléchit n’est pas forcément un chien qui a besoin d’aide.
Les signes qui doivent nous faire réfléchir :
Il n’existe évidemment pas de bouton « aide » que l’on déclenche à partir d’un comportement précis. Chaque chien est différent. Cependant, certains changements peuvent nous indiquer que la situation devient trop difficile.
1. Une recherche qui devient de plus en plus désorganisée
Un chien qui cherche peut faire des erreurs. Il peut partir dans une mauvaise direction, revenir, explorer une zone et changer à nouveau de stratégie.
Ce n’est pas nécessairement inquiétant. En revanche, si la recherche devient progressivement plus large, plus désordonnée et moins efficace, il peut être intéressant de se demander si le chien dispose encore des informations nécessaires pour résoudre le problème.
2. Des allers-retours sans progression
Le chien revient plusieurs fois au même endroit. Il flaire, il repart puis revient exactement au même point. Il recommence.
Ce comportement peut être très intéressant à observer.Le chien nous montre peut-être qu’il possède encore une information à cet endroit, mais qu’il n’arrive pas à l’exploiter suffisamment pour poursuivre. Avant d’intervenir, accordons-lui toutefois quelques instants supplémentaires.Parfois, le chien finit par trouver la solution seul. Et cette réussite a une immense valeur d’apprentissage.
3. Une perte progressive d’engagement
Un changement dans l’attitude générale du chien peut également être révélateur. Certains chiens vont
- ralentir fortement
- se désengager
- revenir davantage vers leur conducteur
- chercher du soutien auprès de lui
- montrer moins d’intérêt pour la recherche.
Encore une fois, un seul de ces comportements ne suffit pas à décider d’intervenir. C’est l’évolution globale de la situation qui doit guider notre décision.
4. Une frustration qui commence à apparaître
La frustration peut être un moteur d’apprentissage lorsqu’elle reste à un niveau raisonnable. Mais si elle devient trop importante, elle peut commencer à nuire au travail du chien.
Un chien qui s’agite, abandonne progressivement la recherche ou perd son envie de travailler nous indique peut-être que nous avons dépassé son niveau actuel de compétence.
Dans ce cas, l’aide passive peut permettre de faire redescendre la difficulté et de remettre le chien dans une situation où il peut réussir.
Mais attention : ne sauvons pas notre chien trop vite ! C’est probablement le piège le plus fréquent pour les conducteurs. Nous voyons notre chien hésiter et nous pensons :
« Il ne trouve plus. ». Alors nous intervenons. Peut-être que notre chien était simplement en train d’analyser les odeurs disponibles ou qu’il était à deux secondes de résoudre le problème. Et nous lui avons donné la réponse. Si cela se répète, le chien peut progressivement apprendre quelque chose que nous ne souhaitons pas lui apprendre : « Lorsque je rencontre une difficulté, mon conducteur va m’aider. » Or notre objectif est exactement inverse. En mantrailing, nous voulons construire un chien capable de prendre des décisions, gérer l’incertitude et résoudre les problèmes.
Laisser le chien faire des erreurs
Un bon entraînement ne consiste pas à empêcher le chien de se tromper. Il consiste à lui donner des occasions de se tromper sans échouer. Cette distinction est importante. Une erreur peut être extrêmement enrichissante si le chien a la possibilité de revenir en arrière, de chercher une autre solution et de retrouver la piste. C’est ainsi qu’il développe son expérience. Chaque problème résolu seul peut contribuer à renforcer :
- son autonomie
- sa confiance
- sa capacité à analyser une situation
- sa persévérance
- sa capacité à récupérer après une erreur.
En d’autres termes : la difficulté n’est pas forcément quelque chose qu’il faut supprimer. Elle peut être une partie essentielle de l’apprentissage.
Alors, quand aider son chien?
On peut aider son chien lorsque :
- Le chien ne progresse plus, malgré une recherche active.
- Sa recherche devient répétitive, sans nouvelle stratégie.
- Il semble perdre progressivement son engagement.
- Il ne parvient plus à retrouver les informations nécessaires pour poursuivre.
- La difficulté de la situation dépasse momentanément ses capacités actuelles.
Dans ces cas, l’aide de la part de son conducteur peut lui permettre de retrouver une information et de repartir.
Mais souvenons-nous toujours de la question essentielle : « Est-ce que mon chien a réellement besoin de mon aide, ou est-ce que je suis simplement mal à l’aise de le voir en difficultés ? »
Cependant j’émets quelques réserves et si vous êtes en position de toujours devoir aider votre chien pour finir les pistes, demandez-vous si les entraînements ne sont pas trop difficiles pour le niveau et/ou les capacités du chien.
À retenir
🐾 Une hésitation n’est pas forcément une difficulté.
🐾 Laissez au chien le temps de réfléchir.
🐾 Observez l’évolution de son comportement plutôt qu’un seul signe.
🐾 N’intervenez pas simplement parce que vous êtes inconfortable face à son hésitation.
🐾 Aidez le chien uniquement quand il ne parvient plus à progresser.
🐾 Si vous devez l’utiliser fréquemment, interrogez-vous sur votre progression d’entraînement.
🐾 Le but ultime est de construire un chien autonome, capable de résoudre les problèmes et de récupérer sa piste après une erreur.
Parce qu’en mantrailing, parfois, la meilleure aide que nous pouvons donner à notre chien est simplement de lui faire confiance.
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