Lorsqu’un chien disparaît quelques instants derrière les arbres avant de retrouver son propriétaire sans difficulté, nous attribuons généralement cette performance à son flair exceptionnel.
Pourtant, une étude publiée en 2020 dans la revue scientifique eLife suggère qu’un autre mécanisme pourrait également entrer en jeu : une sensibilité au champ magnétique terrestre. voir l’article
Les chercheurs ont observé chez des chiens de chasse un comportement inattendu qui pourrait les aider à s’orienter lors de leurs déplacements.
Une étude menée dans des conditions réelles
Contrairement à de nombreuses expériences réalisées en laboratoire, cette recherche s’est déroulée dans des forêts naturelles.
L’équipe de recherche a suivi 27 chiens de chasse appartenant à dix races différentes. Les animaux étaient équipés de GPS permettant d’enregistrer précisément leurs déplacements lorsqu’ils poursuivaient une piste ou exploraient librement la forêt.
Au total, les chercheurs ont analysé plus de 600 trajets de retour vers leur propriétaire.
L’objectif était simple : comprendre comment les chiens retrouvent leur chemin lorsqu’ils se trouvent hors de vue de leur maître et parfois à plusieurs centaines de mètres de lui.
Deux stratégies de retour
Les analyses ont révélé que les chiens utilisaient principalement deux méthodes pour revenir.
Le retour par pistage
Dans certains cas, le chien revenait en suivant approximativement son propre trajet à l’envers.
Cette stratégie repose vraisemblablement sur les odeurs laissées lors de son déplacement initial ainsi que sur sa mémoire du parcours.
Le chien retrace alors une partie du chemin qu’il a emprunté pour s’éloigner.
Le retour direct
Dans d’autres situations, beaucoup plus surprenantes, les chiens revenaient vers leur propriétaire en empruntant un itinéraire totalement nouveau.
Au lieu de suivre leur piste, ils coupaient à travers la forêt et rejoignaient leur maître par un chemin beaucoup plus court.
Cette seconde stratégie implique une capacité d’orientation particulièrement sophistiquée puisque le chien doit déterminer la direction générale de son objectif sans simplement suivre une trace odorante existante.
Le comportement le plus surprenant : le « compass run »
C’est ici que l’étude devient fascinante.
Avant d’effectuer certains retours directs, les chercheurs ont observé que les chiens réalisaient un mouvement particulier.
Ils s’arrêtaient brièvement puis effectuaient une courte course d’environ vingt mètres orientée selon l’axe nord-sud.
Les auteurs ont baptisé ce comportement « compass run » que l’on pourrait traduire par « course de calibration ».
Après cette courte séquence orientée nord-sud, le chien modifiait sa trajectoire et repartait vers son propriétaire avec une précision remarquable.
Une utilisation du champ magnétique terrestre ?
Les chercheurs proposent une hypothèse audacieuse.
Cette courte course nord-sud pourrait permettre au chien de calibrer son système d’orientation en utilisant le champ magnétique terrestre comme référence.
Autrement dit, avant de choisir la direction de retour, le chien effectuerait une sorte de vérification de sa position dans l’espace.
Le comportement observé rappelle certains mécanismes de navigation déjà connus chez plusieurs espèces animales, notamment chez certains oiseaux migrateurs.
Il est important de souligner que cette hypothèse n’est pas une preuve définitive de magnéto-réception canine. Cependant, elle constitue un indice particulièrement intrigant.
Le flair reste indispensable
Cette étude ne remet absolument pas en cause l’importance de l’odorat.
Au contraire. les chercheurs insistent sur le fait que les chiens utilisent probablement plusieurs systèmes de navigation simultanément :
- les odeurs ;
- les repères visuels ;
- la mémoire spatiale ;
- les caractéristiques du terrain ;
- et peut-être le champ magnétique terrestre.
Cette approche est cohérente avec ce que l’on observe chez de nombreuses espèces animales. Les systèmes de navigation les plus performants reposent rarement sur une seule source d’information.
Une nouvelle façon de comprendre l’orientation canine
L’intérêt majeur de cette étude est qu’elle propose une vision beaucoup plus complexe de la navigation canine.
Pendant longtemps, les capacités d’orientation des chiens ont été attribuées presque exclusivement à leur odorat. Or les résultats suggèrent que leur cerveau pourrait intégrer plusieurs types d’informations pour construire une représentation cohérente de l’environnement.
Dans cette perspective, le flair fournirait des informations extrêmement détaillées sur ce qui entoure le chien, tandis qu’une éventuelle sensibilité magnétique pourrait l’aider à situer ces informations dans l’espace.
Le chien ne disposerait donc pas seulement d’un excellent nez, mais peut-être aussi d’une forme de boussole naturelle.
Un mystère encore à explorer
Comme toute étude scientifique, ces résultats soulèvent davantage de questions qu’ils n’apportent de réponses définitives.
Les chercheurs ne savent pas encore comment un chien pourrait détecter le champ magnétique terrestre. Aucun organe spécialisé comparable à ceux suspectés chez certains oiseaux n’a été identifié à ce jour.
Néanmoins, cette recherche ouvre une piste passionnante pour l’étude de la cognition canine.
Si la magnéto-réception est confirmée chez le chien, elle pourrait contribuer à expliquer certaines capacités d’orientation qui continuent de fasciner les propriétaires comme les scientifiques.
Elle nous rappellerait également que malgré des milliers d’années de cohabitation avec l’être humain, le monde sensoriel du chien conserve encore une part de mystère.
