Quand deux chiens se rencontrent, nous observons surtout leurs postures, leurs mouvements de queue ou leurs expressions faciales. Pourtant, une grande partie de leur communication se déroule dans un monde que nous percevons à peine : celui des odeurs.

Une étude récente intitulée Dogs (Canis familiaris) distinguish conspecific emotional chemosignals apporte de nouvelles preuves que les chiens sont capables de détecter l’état émotionnel d’autres chiens grâce à des signaux chimiques présents dans leurs odeurs corporelles. En d’autres termes, les émotions pourraient laisser une véritable « signature olfactive » que les congénères sont capables de lire. Voir le lien de l’étude. 

Une communication invisible mais essentielle

L’odorat est le sens dominant du chien. Son système olfactif est si développé qu’il lui permet d’identifier des individus, de suivre des pistes anciennes ou encore de détecter certaines maladies humaines.

Depuis plusieurs années, les chercheurs soupçonnent que les odeurs jouent également un rôle dans la transmission d’informations émotionnelles. Chez l’être humain, des travaux ont déjà montré que la peur ou le stress peuvent modifier les composés chimiques présents dans la transpiration. Les scientifiques se sont alors demandé si un phénomène comparable existait chez le chien.

La question était simple : Un chien peut-il savoir qu’un autre chien est stressé ou détendu simplement en sentant son odeur ?

Comment les chercheurs ont-ils procédé ?

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont recueilli des odeurs corporelles provenant de chiens placés dans différentes situations émotionnelles.

Certaines odeurs provenaient de chiens vivant une expérience positive et agréable, tandis que d’autres étaient associées à un état émotionnel plus négatif, marqué par le stress ou l’inquiétude.

Ces échantillons ont ensuite été présentés à d’autres chiens qui ne pouvaient ni voir ni entendre les individus ayant produit les odeurs. Les chercheurs ont observé leurs réactions comportementales afin de déterminer si les différentes odeurs suscitaient des réponses distinctes.

Les chiens ne sentent pas seulement un congénère : ils semblent percevoir son état émotionnel

Les résultats sont remarquables.

Les chiens exposés à des odeurs associées à un état émotionnel négatif ont montré davantage de comportements de vigilance et de prudence. Ils avaient tendance à rechercher davantage la proximité de leur propriétaire et semblaient plus attentifs à leur environnement.

À l’inverse, les odeurs provenant de chiens dans un état émotionnel positif suscitaient des réactions plus détendues et davantage d’exploration.

Autrement dit, les chiens ne réagissaient pas simplement à une odeur familière ou inconnue. Leur comportement variait en fonction de l’état émotionnel transmis par cette odeur.

Une forme de contagion émotionnelle ?

Les auteurs évoquent l’hypothèse d’une « contagion émotionnelle chimique ».

Ce phénomène désigne la capacité d’un individu à être influencé émotionnellement par l’état d’un autre. Chez les humains, cette contagion peut passer par les expressions du visage, la voix ou les comportements. Chez le chien, l’odorat pourrait constituer un canal de transmission particulièrement important.

Lorsqu’un chien détecte l’odeur d’un congénère stressé, il pourrait interpréter cette information comme un indice indiquant qu’un danger ou une situation préoccupante est présent dans l’environnement. Son propre comportement s’ajuste alors en conséquence.

Il ne s’agit pas nécessairement de « ressentir exactement la même émotion », mais plutôt d’utiliser l’information émotionnelle contenue dans l’odeur pour adapter sa conduite.

Ce que cette étude nous apprend sur l’intelligence sociale du chien

Cette recherche contribue à modifier notre vision des capacités cognitives canines.

Pendant longtemps, l’odorat a été considéré principalement comme un outil permettant au chien de trouver des ressources, de suivre des pistes ou d’identifier des individus. Cette étude suggère qu’il joue également un rôle central dans la compréhension du monde social.

Les chiens semblent capables d’extraire des informations complexes à partir des odeurs laissées par leurs congénères :

  • qui est passé par là ;
  • depuis combien de temps ;
  • dans quel état émotionnel se trouvait l’individu ;
  • et potentiellement comment il convient de réagir.

L’odeur devient alors un véritable moyen de communication sociale.

Des implications pour la vie quotidienne

Ces résultats pourraient expliquer certaines observations fréquentes faites par les propriétaires.

Par exemple, un chien peut parfois paraître tendu dans un lieu pourtant calme en apparence. Il est possible qu’il ait détecté les traces olfactives laissées par un congénère récemment stressé.

De même, dans les groupes de chiens, certaines réactions émotionnelles semblent se propager très rapidement, parfois avant même qu’un contact visuel ait lieu. Les signaux chimiques pourraient contribuer à cette diffusion d’information.

Une nouvelle fenêtre sur le monde du chien

Cette étude rappelle à quel point le monde sensoriel du chien diffère du nôtre.

Alors que les humains s’appuient principalement sur la vision et le langage, les chiens évoluent dans un univers où les odeurs transportent une quantité considérable d’informations. Ces informations ne concernent pas seulement l’identité ou la localisation des individus, mais aussi leur état émotionnel.

Les chercheurs découvrent ainsi peu à peu que les chiens ne se contentent pas de sentir leur environnement : ils semblent également y lire les émotions des autres.

Et si, lors de la prochaine promenade, votre chien s’arrête longuement pour analyser une odeur laissée par un congénère, il est possible qu’il soit en train d’apprendre bien plus qu’une simple commande.

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