Lorsque nous choisissons un shampoing pour notre chien, un parfum d’intérieur ou même un jouet odorant, nous faisons souvent un choix basé sur nos propres préférences.

Lavande, vanille, fleurs, fruits rouges… ces odeurs nous paraissent agréables. Mais le sont-elles aussi pour nos chiens ?

Cette question a été explorée par les chercheuses Agata Kokocińska-Kusiak et Martyna Woszczyło dans une étude intitulée Canine Smell Preferences—Do Dogs Have Their Favorite Scents?, publiée en 2022. Voir le lien

Leurs travaux apportent un éclairage fascinant sur le monde olfactif des chiens et nous rappellent une chose essentielle : ce qui sent bon pour un humain ne sent pas forcément bon pour un chien.

Un monde dominé par les odeurs

Pour comprendre l’intérêt de cette étude, il faut d’abord rappeler l’importance de l’odorat dans la vie du chien.

Chez l’être humain, la vision est le sens dominant. Nous identifions les personnes, les lieux et les objets principalement grâce à ce que nous voyons.

Chez le chien, c’est l’inverse.

Son cerveau consacre une part considérable de ses ressources au traitement des informations olfactives. Les odeurs lui permettent d’identifier ses congénères, d’obtenir des informations sur leur état émotionnel, de retrouver des pistes, d’évaluer son environnement et même de prendre certaines décisions. voir lien

Dans ces conditions, il est logique de se demander si certaines odeurs lui procurent davantage d’intérêt ou de plaisir que d’autres.

Comment les chercheurs ont procédé

Pour répondre à cette question, les chercheurs ont observé quatorze chiens adultes de races, d’âges et de tailles variés.

Chaque chien a été exposé à 33 échantillons odorants différents : un échantillon neutre servant de contrôle et 32 odeurs sélectionnées parmi différentes familles de fragrances. Les chiens étaient laissés libres d’explorer l’environnement et les chercheurs mesuraient leur intérêt pour chaque odeur en analysant leurs comportements d’investigation.

L’objectif n’était pas de forcer un choix, mais d’observer spontanément quelles odeurs suscitaient le plus d’attention.

Les odeurs préférées des chiens

Les résultats ont montré que certaines odeurs attiraient davantage les chiens que d’autres.

Parmi les fragrances ayant suscité le plus d’intérêt figuraient :

  • la myrtille ;
  • la mûre ;
  • la menthe ;
  • la rose ;
  • la lavande ;
  • le linalol (une molécule naturellement présente dans plusieurs plantes aromatiques).

Ces résultats peuvent sembler surprenants, notamment parce qu’ils concernent des odeurs souvent appréciées également par les humains.

Toutefois, les chercheurs soulignent qu’il ne faut pas en conclure que les chiens apprécient ces odeurs pour les mêmes raisons que nous.

Les chiens n’aiment pas forcément ce que nous aimons

L’un des enseignements les plus intéressants de cette étude concerne justement cette différence de perception.

Les auteurs rappellent que les chiens sont souvent attirés par des odeurs que les humains trouvent désagréables : matières organiques en décomposition, excréments ou carcasses animales, par exemple.

De nombreux propriétaires ont déjà observé ce comportement lorsqu’un chien se roule avec enthousiasme dans une odeur que nous qualifierions immédiatement de répugnante.

Cette différence s’explique probablement par l’histoire évolutive de l’espèce. Les informations contenues dans ces odeurs peuvent être particulièrement riches et utiles pour un animal dont la survie dépend depuis des millénaires de son flair.

Autrement dit, l’intérêt olfactif d’un chien ne repose pas uniquement sur le caractère agréable d’une odeur, mais également sur la quantité d’informations qu’elle contient.

Ce que cette étude nous apprend sur la cognition canine

Cette recherche dépasse largement la simple question des préférences olfactives.

Elle montre que les chiens ne se contentent pas de détecter les odeurs. Ils semblent également les évaluer, les comparer et leur accorder des niveaux d’intérêt différents.

Cette capacité suggère que l’information olfactive joue un rôle central dans leur manière de percevoir et d’interpréter le monde.

Pour un chien, flairer ne consiste pas seulement à identifier une odeur. C’est aussi analyser une source d’information, décider si elle mérite davantage d’attention et éventuellement modifier son comportement en conséquence.

Ces mécanismes font directement appel à des processus cognitifs tels que l’attention, la mémoire, l’apprentissage et la prise de décision.

Quelles conséquences pour les propriétaires ?

Les résultats de cette étude invitent à réfléchir à certaines pratiques courantes.

De nombreux produits destinés aux chiens sont parfumés avant tout pour plaire aux humains. Pourtant, rien ne garantit que les fragrances choisies soient réellement attractives ou agréables pour les chiens eux-mêmes.

Cette réflexion concerne notamment :

  • les shampoings ;
  • les parfums pour chiens ;
  • les produits d’entretien ;
  • les désodorisants utilisés dans les espaces fréquentés par les chiens.

Prendre en compte les préférences olfactives canines pourrait contribuer à améliorer leur confort et leur bien-être.

Une fenêtre ouverte sur le monde sensoriel du chien

Cette étude rappelle finalement une vérité essentielle : les chiens vivent dans un univers sensoriel profondément différent du nôtre.

Là où nous privilégions les images et les sons, ils accordent une importance considérable aux odeurs. Leur monde est constitué de traces odorantes, de signatures chimiques et d’informations invisibles qui échappent largement à notre perception.

Comprendre leurs préférences olfactives ne revient donc pas simplement à savoir ce qu’ils aiment sentir.

C’est une manière de mieux comprendre comment ils perçoivent leur environnement, comment ils prennent des décisions et, plus largement, comment ils pensent.

Et c’est peut-être là l’enseignement le plus fascinant de cette étude : pour comprendre véritablement les chiens, nous devons accepter que leur vision du monde passe avant tout par leur flair.

Pour en apprendre plus sur son chien