Mantrailing et prédation : mon chien va-t-il arrêter de chasser ?
C’est une question que beaucoup de clients posent, parfois avec beaucoup d’espoir, parfois avec inquiétude : « Si mon chien fait du mantrailing, est-ce qu’il va arrêter de prédater ? »
La réponse courte est : non, le mantrailing ne fait pas disparaître l’instinct de prédation. Mais la vraie réponse est plus nuancée, et surtout beaucoup plus intéressante.
Comprendre la prédation chez le chien
La prédation n’est pas un trouble de comportement au sens strict. C’est une séquence comportementale naturelle, héritée des ancêtres loups du chien, et modulée par la sélection humaine.
Selon les individus et les races, certaines étapes de la séquence de prédation sont plus ou moins marquées :
1. La localisation de la proie
Cette première étape repose sur l’utilisation des sens, principalement l’odorat et l’ouïe, pour détecter la présence d’une proie potentielle dans l’environnement. Le chien hume l’air, dresse les oreilles, scrute les mouvements à distance. Cette phase, souvent discrète, peut précéder toute excitation visible.
2. Le repérage à vue
Une fois la proie localisée, la vision prend le relais. Le chien fixe alors intensément sa cible, adopte une posture tendue, parfois basse. L’attention est focalisée, le reste de l’environnement devient secondaire.
3. L’approche
Cette phase est marquée par une avancée lente et silencieuse, parfois rampante. Elle permet au chien de se rapprocher sans alerter la proie. C’est une étape clé chez les races de chasse ou de troupeau, souvent exagérément renforcée par la sélection (comme chez le Border Collie).
4. La poursuite
Si la proie prend la fuite, la poursuite s’enclenche. Ce comportement est extrêmement gratifiant pour le chien, même en l’absence de capture. Il sollicite l’instinct de course, souvent difficile à inhiber une fois déclenché. Cette phase peut être très longue.
5. La capture
Chez les chiens domestiques, cette phase est très variable. Certains n’iront jamais jusqu’à tenter de saisir la proie (races de chasse à l’arrêt), d’autres mimeront la capture dans le jeu (secouer un jouet), tandis que certains individus capturent réellement, notamment en présence de petits animaux.
6. La mise à mort
Ce comportement existe encore dans certaines lignées (terriers, chiens de chasse, chiens errants). Il consiste à infliger des morsures létales ou à secouer violemment la proie pour l’achever.
7. La consommation
Très rarement observée chez les chiens domestiques bien nourris, la consommation marque l’aboutissement complet de la séquence. Elle peut toutefois se produire dans des contextes particuliers.
Un border collie, par exemple, est très fort sur le repérage et la poursuite visuelle, tandis qu’un terrier aura souvent un attrait marqué pour la capture et la mise à mort. Le mantrailing ne “désactive” pas cette programmation génétique.
Ce qu’est vraiment le mantrailing
Le mantrailing est une activité de recherche olfactive ciblée, dans laquelle le chien apprend à suivre une odeur humaine spécifique pour retrouver une personne précise.
Cela mobilise :
- l’odorat (et non la vue)
- la concentration
- la prise d’initiative
- la résolution de problèmes
- la coopération avec l’humain
On est donc très loin d’un contexte de chasse classique, même si, vu de l’extérieur, on pourrait se dire : « Il suit une piste, donc c’est pareil. »
En réalité, la motivation n’est pas la même. En effet, suivre une odeur humaine n’active pas la même émotion que poursuivre un animal en fuite.
En prédation, le mouvement, la fuite et l’imprévisibilité de la proie jouent un rôle central. En mantrailing, la piste est “passive” : l’humain est déjà passé, il n’y a pas de poursuite visuelle, pas de fuite en temps réel.
Le chien apprend à rester dans un état émotionnel stable et concentré, souvent très éloigné de l’excitation prédatrice.
Le fait que certains chiens semblent, plus calmes, est souvent source de confusion.
Beaucoup de chiens qui pratiquent le mantrailing :
- sont mieux dépensés mentalement
- ont un besoin d’exploration comblé
- gagnent en confiance
- apprennent à réguler leur énergie et leur émotion
Résultat : ils ont parfois moins besoin d’exprimer certains comportements excessifs, y compris des poursuites opportunistes.
Mais attention, ce n’est pas une suppression de l’instinct de chasse, c’est tout simplement une meilleure gestion globale des besoins du chien
Si un lapin démarre sous le nez d’un chien avec un fort instinct de poursuite, le mantrailing ne va pas miraculeusement l’empêcher de partir.
Le mantrailing peut-il aider malgré tout ?
Oui, en effet le mantrailing peut :
- offrir une alternative comportementale riche
- renforcer l’écoute et la coopération
- fatiguer le chien autrement que par la course
- améliorer la tolérance à la frustration
Dans un cadre éducatif global, il peut donc contribuer à une meilleure gestion de la prédation, notamment en complément de :
- travail sur le rappel
- gestion de l’environnement
- choix de matériel adapté
- respect des besoins de race et d’individu
En résumé
Non, le mantrailing ne fait pas disparaître l’instinct de prédation et oui, il peut aider certains chiens à être plus posés et mieux équilibrés. De plus cette discipline n’est pas un substitut à l’éducation mais une activité formidable quand elle est pratiquée dans le respect du chien.
Plutôt que de chercher à “éteindre” un instinct naturel, le mantrailing invite à travailler avec le chien tel qu’il est, en valorisant ses compétences, son flair et son incroyable capacité d’adaptation.
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